Les Tribulations au nombre de 12 de Stochelo Rosenberg et Romane nous entrainent dans un djangoland aux frontières grandes ouvertes, une contrée où ces virtuoses de la guitare peuvent « oublier leur instrument pour jouer de la musique » comme le souligne Romane dans un long texte de Gilles Tordjman figurant dans le livret.
Ce journaliste indépendant (terme politiquement correct selon lui pour désigner un intello précaire) qui a pu voir au fil des ans se renouveler, s’affirmer, une scène jazz-manouche sous les traits de quelques phénomènes de la guitare, livre au fil des pages du livret une approche sensible du duo et de leurs invités. Romane et Stochelo ne sont pas venus seuls. Outre le contrebassiste Marc-Michel Le Bévillon, résident plénipotentiaire sur toutes les étapes de ces Tribulations, défilent selon les compositions, toutes nouvelles, quelques musiciens habitués à travailler avec nos guitaristes (le pianiste Christophe Cravéro, les héritiers Yayo et Fanto Reinhardt…) et quelques beaux noms de la chanson française ou du jazz, fans de swing manouche (le guitariste, chanteur et scateur à ses heures Sansévérino, le violoniste Didier Lockwood, l’accordéoniste Daniel Colin, le saxophoniste Stéphane Guillaume).
Ainsi, l’esprit nomade du jazz manouche fait escale en Amériques du Sud, flirtant du bout des lèvres avec la fameuse MPB (Brasilian Breeze) ou plus goulument avec le tango (Tangolero). Quand il s’aventure dans les Caraïbes c’est pour embrasser la reine des musiques cubaines (Salsa Guitar). Il sait aussi redonner vie au feeling frondeur du moustachu bourru (For Brassens), larguer les amarres sur un air be-bop (Phase Bop) et s’enivrer en toute fin d’album au son de Wild Ride, un court titre-bonus sur lequel Sansé’ pose un scat énergisant. Les amateurs de stéréo et les guitaristes avertis seront ravis d’apprendre que Stochelo joue sur le canal de gauche, tandis que Romane s’approprie celui de droite et qu’ils n’ont pas bougé durant tout l’enregistrement !